La bataille de la Malmaison

 

 image001.jpg

                               Aux Armées
le 7 Oct 17
Nov

Cher Parents
J’ai reçu aujourd’hui la
lettre de Jeanne, qui comme
toutes les lettres, a été
la bienvenue. C’est malheureux
mais je n’ai absolument
que cela à lire, pour
un bibliophile les ressources
sont maigres au patelin.
Je m’aperçois que vous
aussi vous avez le même
temps que nous. Temps
triste à mourir, et bien

 image002.jpg  ennuyeux pour le poilu qui
loge à la grange. Le vent
siffle par tous les trous ou
l’eau ne coule pas et
rend inconfortable certains
coins de notre domaine.
De plus, avec ces temps
sombres il y fait noir comme
dans un four et il n’y a
pas moyen de faire grand-
chose. Alors on cause
(la conversation devient vite
visqueuse ( ?) et dégoutante), on
fume (quand le « perlot » ne
manque pas. Il est devenu
inconnu au pays et en 2
jours j’ai eu beaucoup de
mal pour fumer une
malheureuse cigarette).
On commence à être ravitaillé
 image003.jpg  sur ce point par les soins
de l’administration. Mais
j’ai cassé ma pipe là-haut
et impossible de dénicher
un calumet. Glissez-en une
dans un de vos colis. Il
sera reçu avec plaisir.
Prenez le ni trop grand ni
trop court. Papa vous conseillera.
Je reviens à mon sujet.
On fume, on cause. Mais
la conversation a peu
d’attraits. Ils sont 2 ou 3
Parisiens qui sont toujours à
grogner après tout le monde
et se croient bien malins et
bien supérieurs. Somme toutes
ils ne sont forts qu’en
gueule.
Vous me demandez que je
 image004.jpg vous raconte un peu notre
attaque.
Eh bien, Voilà –
J’ai rejoint le bataillon
à pied depuis la Ferté-Milon
à Aras Ste Rest ???, ou il
était cantonné. Le lendemain
Jeudi, nous sommes partis en
camions pour Braisnes à
15 km de là, et de la nous
nous sommes rendus à pied
avec un barda du diable,
dans une boue fantastique
grandes carrières souterraines
ou nous avons vécu 3 jours.
Un beau soir à la nuit
nous les avons quittés pour
monter en ligne.
Le boulot commençait.
 image005.png Pour plus de facilité je
vais vous diviser mon séjour
en ligne en 3 parties.
I – La Relève
Vers 9 heures du soir, nous
sommes partis avec tout notre
barda. Nous étions la capote
coupée au-dessus des genoux à
cause de la boue. Pas de
vareuse dessous, un chandail
seulement. Nous avions l’équipement
complet et final 2 masques
120 cartouches, 4 jours de
vivres dans une musette, 15
grenades dans une autre, 2
bidons de 2 litres, une toile de
tente en bandoulière et
nécessairement le casque
 image006.png  Tout ce matériel pesait
qualques kilos, comme vous
pouvez vous en douter.
Nous partimes en colonne
par un, tout le bataillon
à la file indienne et le défilé
commença dans les chemins
creux tout d’abord et
presque impraticable où la
boue nous montait déjà
jusqu’au dessus des chevilles
au milieu de l’obscurité
la plus complète. Seulement
dans le lointain, le ciel
se zébrait de sinistres
lueurs rougeâtres qui s’avivaient( ?)
de temps à autre.
Nous marchions dans le plus
grand silence, déchiré de
temps à autre par de
 image007.png  violents coups de canon tirés
tout près de nous par des
batteries masquées. Et au
loin le canon boche répondait.
Mais dans le rang, pas un
mot. On n’entendait que de
temps à autre le cliquetis
d’une baïonnette ou le
bruit mat et sourd d’une
chute dans la boue gluante.
Longtemps on marche ainsi
puis à un moment donné
des sections se séparent et
sous la conduite d’un
agent de liaison, chaque
section s’enfile dans un
boyau différent. La marche
devint alors plus pénible
encore. La boue redoubla
les musettes s’accrochant
 image008.png aux parois des boyaux
les fusils se prenant
dans les fils téléphoniques
qui courent au-dessus
des boyaux. On se croisa
avec d’autres sections qui
revenaient. On s’égara,
on pataugea pendant
2 heures. Enfin, après avoir
ainsi trotté de part et
d’autre, on arriva à la
tranchée assignée.Inutile de vous dire que
au fur et à mesure de
notre avancée, le canon
tonnait plus fort, les lueurs
s’avivaient, et que déjà
balles et obus sifflaient.
J’en resterai là
aujourd’hui. J’ai terminé.
 image009.png  cette première périodede la Relève
qui m’a beaucoup impressionné
ou plutôt ému par
sa note lugubre et triste.
Dans ma prochaine lettre
si cela vous intéresse je
vous parlerai de la vie
en ligne, ce qui sera
ma 2ème partie.Je vous embrasse
tous affectueusement

  1. Collot
    P.S. : Si vous voulez découpez comme
    ??? faisiez à ??? les en …
    de la ???. Impossible d’avoir un
    Journal
 image010.png III L’Attaque
Après des journées abrutissantes
par leur monotonie et leur lugubre notés( ?)
arriva le grand jour de l’attaque que
nous appelions tous de tous nos vœux,
pressés d’être délivré du cauchemar, et
de ne plus sentir peser les angoissants
problèmes. En reviendrai-je ! L’attaque
va-t-elle réussir .
A force de persuasion et de tranquille
confiance en la Providence, j’avais déjà
presque résolus le premier et partait
sur de revenir. Mais le 2ème se posait
toujours ?Enfin, un soir, c’était le lundi 22
octobre, date mémorable, on fit passer
 image011.png  l’ordre : tout le monde en tenue
de combat. Et alors dans les
sapes ce fut un remue-ménage
indescriptible serrés comme des moutons,
nous rebouclions nos équipements et
arrangions tout notre barda de
vivre et de grenade. A force
tout le monde arriva à
ses fins et bientôt les sections étaient
prêtes à partir.
L’aspirant Rouyer qui conduisait
ma section, la 3ème vint nous chercher
et partîmes pour les parallèles
de départ ou nous devions attendre
l’heure de l’attaque. Alors toujours
à la file indienne nous quittâmes
la tranchée et partîmes par des
semblants de boyaux à travers
 image012.png  les barbelés en prerés( ?) vers les dites
parallèles. Après des difficultés de
toutes sorte, nous arrivâmes enfin.
On me colle dans un brin de
tranchée, ou le parapet m’arrivait
à mi- ventre, avec un caporal,
un rustre vosgien au teint bronzé,
au long nez, très bruyant à l’arrière
mais bien plus calme là-haut.
Nous étions comme cela par
paquet des deux ou trois dans
des semblants de tranchée.
Et là, tout en guettant, nous devions
passer la nuit pour attaquer au
petit jour. Ce fut la vraie
veillée des armes. Vous imaginez
le caractère lugubre et angoissant
que prirent à nos yeux ces quelques
 image013.png  heures. Tout défilait devant nos
yeux : visions anticipées des sanglantes
journées qui allaient commencer, et
visions plus calmes, mais plus
émotionnantes des années passées.
Dans une dernière et affectueuse
contemplation, je vous revis tous,
l’un après l’autre, notre vielle
maison, notre Bar, tout ce
qui m’était cher, et tranquillement
la conscience tranquille, je
m’endormis sur ces reposantes
apparitions intérieures, sur lesquelles
je ne revins qu’au moment
où ces sanglantes journées passées nous
quittons les lignes pour la relève.
Famille, amitiés, tout ce qui
m’était cher ! Je l’oublierai complètement
et volontairement pour ne pas être
retenu et enchainé loin de la pénible
tache, qui était le devoir.
 image014.png III (Suite)  L’attaque

Comme notre tranchée devenait centre
de résistance en cas de contre-attaque boche
nous la fortifiâmes de notre mieux, et
chacun y alla de son coup de pioche et
de pelle. Vers 2h heure (il était
cette heure je crois car on perd dans
cet imbroglio toute notion du temps !)
l’aspirant m’appela avec 2 ou 3 autres
pour creuser un boyau afin de relier
notre tranchée à un élément
d’une autre. J’y allait naturellement
avec les autres et le travail commença.
Il y avait à peine 10 minutes que nous
étions là qu’une marmite s’étalait
et éclatait à à 15 mètre de nous.
Un de nous hasardes(?) à l’aspirant « Le
coin est répéré, cela va barder, il faut
partir ».

 image015.png Alors dans le boyau, à la queue leu

leu, on fit feu en arrière. A peine
avions nous tourné le dos, qu’une
seconde marmite arrive en plein
dans le boyau, que celui qui était
devant moi emporte en l’air un
autre travailleur, qui va se tuer en
retombant à 10 mètres de là, et
ne m’épargne pas. Je me sens enlevé
en l’air par une force irrésistible,
tourbillonner un instant et je me
retrouve aplati sur un cadavre
boche qui se trouvait là, avec
sur le dos tout le parapet éboulé.
Pendant ces quelques secondes, je
me rappelle très bien avoir eu cette
pensé « Cela y est, c’est fini ».
Je n’ai pas eu le temps d’en penser plus
que je me sentais à terre, enterré

 image016.png  Et tout abasourdi. Je restais là
quelques secondes, croyant que les autres
allaient me délivrer car je ne les avais
pas vus tomber. N’entendant rien,
d’un coup de rein, je me sortis de
ma dangereuse position, et enjambant
un cadavre, ou plutôt un amas
sanglant de chaires fumantes, je courus
dans une sape qui se trouvait à quelques
mètres de là, dans la tranchée ou
venait aboutir notre boyau. Un
lieutenant blessé par un éclat de mon
obus, assez grièvement part entre les
mains des infirmiers et on lui faisiat
son pansement. La sape etant pleine,
je restai en haut de l’escalier, un
peu à l’abri, car maintenant les
marmites s’acharnaient sur  le petit
coin ou j’avais été enterré. Je n’ose
 image017.png  pas songer à ce qui serait arrivé si je
ne m’étais pas dégagé presque aussitôt !
Pendant que le marmitage continuait
je parvins à me caser plus commodément
dans la sape ou d’autres poilus
venaient s’enfiler eux aussi. Je remis
alors un peu mes esprits égarés et mes
nerfs ébranlés. Je n’avais plus de lunettes
et j’étais un peu sourd.
Le marmitage se calma, alors on vida
la sape. C’était plutôt urgent,
car de tous côtés, des agents de
liaison venaient prévenir que les boches
allaient contre-attaquer. Chacun prit
un fusil, on braqua les mitrailleuses
boches et autres, et froidement on
attendit, sous la pluie diluvienne
qui se met à tomber, et nous mouilla
jusqu’aux os. C’est une heure terrible,
celle-là aussi, d’être là à un poste
 image018.png de combat, prêt à tout, l’esprit tendu,
à attendre de pied ferme l’ennemi qui
s’avance. Nous l’attendîmes une heure
puis, rien ne venant, tout le monde
rentra dans la sape se mettre à l’abri
de la pluie et des marmites éventuelles.
par prudence, 2 sentinelles furent
placées. J’étais l’une d’elles, et
bravement sous la pluie qui tombait
toujours, je pris mes 2 heures de
garde en compagnie d’un vieux poilu
qui placidement fumait sa pipe
enveloppé dans une toile de tente.
(Je ne l’ai jamais vu que ce jours
là et ne l’ai jamais revu depuis).
Tout en grelottant de froid, dans
ma capote écourtée et trempée, je
me mis à surveiller devant moi.
j’eus alors une belle vue du champ de bataille. Devant moi, le sol
 image019.png  se trouait d’énormes cratères d’obus
qui se touchaient les uns les autres.
Tout était bouleversé, tout était
retourné, comme si une gigantesque
charrue fut passée par là, et
dans les sillons de cette charrue
gisaient des cadavres boches et français,
trainaient des fusils, des casques, des
équipements. A ma droite, c’était la
même chose, et j’apercevais le fort
de la Malmaison, effondré complètement
sur lequel flottait le petit drapeau
planté par les zouaves un matin.
Des boches déséquipés, qui s’étaient
rendus s’acheminaient seuls vers
l’arrière, des brancardiers relevant
des blessés, animaient seuls un peu
ce triste tableau de guerre.
Mes deux heures finies, je suis remplacé
 image020.png  et à mon tour je me coulais dans la
sape. Transis de froid, mouillé jusqu’ aux os
tous nous nous collions les uns aux autres
pour nous réchauffer, nous couvrant d’un
lambeau de couverture qui sentait
le cadavre à plein nez ; nous l’avions
enlevé en effet de dessus un boche crevé
étendu dans la sape à coté de nous.
La misère, comme vous le voyez, fait perdre
tous les dégouts.
Il n’y avait pas une heure que nous
étions dans la sape, qu’on nous en
faisait sortir vivement pour prendre
nos postes de combat, car les boches
contre-attaquait. Devant nous, nous
les vîmes d’avancer à 500m, refluant
devant eux, une poignée de braves du
5ème et du 28ème chasseurs, débris des
sections qui avaient attaqué les carrières
et qui s’étaient groupés dans des trous
d’obus devant nous. Ils nous
 image021.png  rejoignirent, après avoir évacué leurs
positions. Les Boches s’y arrêtèrent à
peu près tous, et seuls quelques-uns
vinrent jusqu’à notre tranchée, ou
quelques coups de fusils les firent repartir
en arrière. L’alerte était finie et
nous restâmes dans les sapes, à part
les sentinelles. On nous fit ressortir
pour évacuer un blessé qui était
tout au fond, et pendant cette
opération, debout dans la tranchée
au milieu de la nuit qui tombait
j’eus une dernière vision de guerre
de cette sanglante journée.
A 100m de nous, je vis une forme humaine
qui s’avançait difficilement, rampant,
se trainant, se relevant, marchant,
titubant, roulant dans les trous d’obus,
et cette ombre qui geignait, haletait,
paraissait à bout de forces ; enfin
elle approche de nous
 image022.png et nous reconnûmes un sergent du 28ème
tout ensanglanté du sang de 4 blessures
qu’à force d’énergie et d’héroïques
souffrances s’était trainé jusqu’à nous,
sous le feu des boches, pour n’être pas
relevé par les brancardiers. Les
nôtres s’empressent autour de lui et
on l’emporta presque mourant vers l’arrière.
Il avait fait son devoir jusqu’au bout
et je songe maintenant qu’il résumât
bien tout cette sanglante journée, ou
au prix de mille souffrances et
d’héroïques efforts, les chasseurs de
« l’Alsacienne » avaient vaincu la vielle
garde teutonne.JP
 image023.png III L’attaque (suite..)

… Le réveil de ce calme sommeil
fut terrible et brusque. Lorsque
j’ouvrais les yeux, ce fut pour voir
devant moi l’horizon enflammé,
le ciel strié de trainées lumineuses
et tout autour de moi, des explosions
multiples qui bouleversaient la terre
en nous arrosant de multiples débris.
c’était infernal, on ne voyait que
du feu partout, tous les 3 mètres
un obus tombait comme un bolide
avec un fracas assourdissant. Mais ce
n’était pas tout. J’entendis tout à
coup des obus qui arrivaient en
miaulant doucement et n’éclataient
presque pas. Je fus bientôt renseigné
sur leur compte. Je sentis mes yeux
picoter, pleurer, en même temps qu’une

 image024.png  abominable odeur me suffoquait.C’était,
vous le devinez, les gaz asphyxiant.
Je ne perdis pas mon temps, et
saisissant mon masque pendu à
mon cou, je m’ « encagoulais » en vitesse.
Cependant les obus tombait toujours
avec une rapidité et une précision
surprenante. Depuis quand tombaient-ils
je ne le sais ! Heureusement que je
m’étais réveillé à temps pour les gaz,
sans cela j’en prenais ma dose.
Au milieu de ce déluge de feu, je
restais presque calme, guettant les
sifflements, m’aplatissant aux bons moments,
et me recroquevillant le plus
possible dans mon trou pour échapper
à la pluie de terre, de pierre et de fer,
qui n’arrêtait pas.N’entendant plus les autres, et
absolument seul dans mon trou,
je fis une petite reconnaissance vers
 image025.png  La droite, et je retrouvais la section
et l’aspirant. Sous le bombardement
ils s’étaient groupés dans une tranchée
mieux faite, presqu’intact et
attendaient … l’heure.
L’aspirant me dit alors : « c’est toi, Collot,
on te cherchait, où était tu ? »
Je lui expliquait ma situation, il me
demande alors : « Et bien ! Comment cela
va ? » Alors, je ne sais pas ce qui
me prit, mais en riant je lui répondis
« Cela va bien, mais ce n’est guère
silencieux et cela sent bien mauvais »
Il se tordit, et m’offrit un quart de
gnôle, que j’absorbais avec une visible
satisfaction.
Le bombardement avait à peu près
cessé, les gaz aussi, avant que je ne
retrouve la section.
Maintenant, on attendait l’heure
fatale : 5h 15, que seul l’aspirant
 image026.png  Connaissait. Elle approchait à grand
pas, cette heure décisive et angoissante.
A un moment, l’aspirant nous
dit : «  Vous y êtes, En avant » et
l’on partit dans la nuit vers
l’inconnus…
Qu’il y avait loin de cette marche
silencieuse presque rampante vers
l’ennemi, avec ces ruées héroïques
ou l’on part, Drapeaux claquant
au vent, Clairons sonnant, et
tous la baïonnette haute.
Qu’il y avait loin de cet assaut
avec les charges admirables que
Déroulède nous avait fait rêver
pour la Revanche.
« Que les temps sont donc changés »
Mais ce n’est que la manière qui
change, tous nous avions le même
esprit qui anime ceux d’Austerlitz et
d’Iéna. Tous nous voulions vaincre et faire
tout notre devoir, malgré tout.
 image027.png  L’attaque IV

Nous partîmes donc, presque
rasant le sol, culbutant dans
les trous d’obus, nous prenant
dans les barbelés, à la lueur des
fusés que les Boches méfiants
nous envoyaient pendant que
devant nous nos obus tombaient
par rafales. Le tir s’allonge
peu à peu, nous suivions pour
ainsi dire pas à pas, quand
tout d’un coup la vague
s’arrêta. Je me demandais bien
pourquoi, quand tout à
coup on entendit claquer

 image028.png  Quelques coups de fusil et
de revolver, et qu’à côté de
moi on criait : « Des grenades
vite ». Une ou deux éclatèrent
puis j’entendis l’aspirant
crier « Ne tirez pas », alors
surgissant de dessous terre
une quarantaine de Boches
affolés apparurent en criant
« Kanarades, pardoun, Bonnes
Françouses ». Nous les fîmes trotter
vers nos lignes en les menaçant
de nos baïonnettes. Alors, docile,
le troupeau s’éloigna en
hurlant dans la nuit, vers
 image029.png  l’arrière . Mais le jour se levant
et à la clarté diffuse du petit
jour, je m’aperçus que nous
étions dans une sorte de fossé
très évasé et peu profond, dont
les parois étaient percées de
trous ; c’étaient des entrées de
sape, et c’était de là que
les Boches étaient sortis. Surpris
par notre arrivée, du fond de
la sape, ils avaient tiré quelques
coups de leurs Mausers, mais
nos grenades avaient eu raison
d’eux, et pris dans leur
souricière, ils s’étaient rendu
sans plus résister.
Aussitôt après leur départ
 image030.png  Nous fîmes une rapide
perquisition : on trouva des
mitrailleuse qui furent mises
en batterie, des caisses
de grenades que nous plaçames
à notre portée.
Nous étions bien occupés à ce
travail quand des balles se
mirent à miauler à nos oreilles
pendant qu’on entendait le
sinistre tic-tac d’une mitrailleuse.
c’étaient les Boches qui, du
fort de la Malmaison, nous
prenaient d’enfilade. Les
zouaves en effet sortaient
seulement pour l’assaut
 image031.png  Quand depuis longtemps nous
avions atteint nos objectifs.
Alors, tout de suite, avec nos
outils, et tout ce qui se trouvait
sous nos mains, nous approfondissions
la tranchée, relevâmes les parapets
poutr nous garer de ces
mitrailleuses, qui du reste se
turent bientôt, les Zouaves
ayant d’un magnifique
élan, emporté le fort.
Cependant, pendant que
nous organisions nos tranchées
les autres sections du bataillon
enjambant notre tranchée
 image032.png  s’élançaient plus loin
sur les autres positions Boches,
les fameuses carrières. Là elles
furent obligées de s’arrêter,
les Boches engageant un
furieux corps à corps.
Les blessés affluèrent dans
notre tranchée, venant de
l’avant, pendant que l’arti-
llerie boche se ressaisissant
commençait à marmiter notre
tranchée. Nous continuâmes
malgré tout notre travail,
veillant et en même temps
organisant la position.
 image033.png  Je ne m’en faisais pas
et après avoir tranquillement
cassé la croute, je travaillais
comme tout le monde.
Je m’étonne maintenant
de mon calme et de ma
rapide adaptation aux circonstances
qui pourtant étaient peu
banales.
Devant nous, le combat était
arrêté, les boches tenant bon
dans leur carrière, et les
sections étant bien disloquées.
Elles s’organisèrent alors
dans des trous, en attendant
le signal d’un nouvel
 image034.png  assaut.
La matinée se passa ainsi à
travailler sous le marmitage
pendant que le combat
continuait à gauche et à
droite beaucoup plus facile.
Le Capitaine vint alors avec
la liaison et installer son
PC dans une sape boche
de notre tranchée. C’est là
que j’eus l’occasion de me
retrouver avec Collardelle que
je n’avais pas revu depuis
avant la relève et ce fut
un puissant réconfort pour
nous deux de nous retrouver
réunis.
 image035.png  Mais il manquait Lemaitre
qui était devant nous à une
autre section. « Où est Lemaitre »
Voilà comment tous deux nous
nous abordâmes, ayant eu la
même pensée. J’ai su plus
tard qu’il était tombé ce
matin même devant les carrières
d’une balle en plein front.
Nous en avions la douloureuse
appréhension tous les deux, et
tels étaient les liens de franche
camaraderie, presque de
fraternité qui nous unissait
que nous retrouvant tous
deux au milieu des obus
et sous leur menace perpétuelle
 image036.png Nous avons tout oublié pourne penser qu’à lui.
C’est vraiment là-haut
qu’on connait seulement ses
amis !PC
(suite à venir)
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